Δευτέρα 7 Μαρτίου 2011

''les biens paraphernaux'' (ou comment traverser nue l'existence)

Je n'ai jamais cherché un mari; j'ai, néanmoins, très vite compris la nécessité de la dotte.
Après les premiers fremissements du corps et du coeur durant l'adolescence, il m'apparaissait clair que l'on ne pouvait traverser l'existence sans bagagges.
Des solides trousseaux faits du plus beau cuir de Damas, avec des clous dorés et des cadenas bien ciselés.
Et dedans, tout ce que la famille possédait pour se débarasser -de la manière la plus élegante et 'politiquement correcte' de l'époque- d'une fille encombrante, posant des questions embarrassantes, curieuse, avide de savoir et dont l'existence semblait se résumer à une simple question harcelante : comment obtenir des réponses à toutes les questions essentielles?
Traversant les endroits les plus mythiques de la Grèce vers la fin des années '70 (l'époque de l'ephorie gréco-Giscardienne et ''boumpétrolieenne''), j'ai immédiatement saisi le pouvoir que possédait une paire des jambes interminables et bien dessinées hissées, de surcroît, sur des hauts talons.
Et pourtant : au diable leurs millions (et leurs varices)!
Ma dotte je me l'offrirai !
Je constituerai seule cet indispensable trousseau qui serait fait du pouvoir et de la chère liberté de dire ''non'' (ou plutôt :''non, merci!'' car en effet, le premier baggage -et peut-être le plus lourd des deux dont on nous dotait- était celui des convainances et de l'éducation stricte du pluriel aux parents imposé, du baise-main au père lors des grandes occasions, aussi à toutes les fêtes réligieuses).
Je suis donc partie (une fois le père décédé, tout de même...) constituer mon trousseau.
Avec les biens qui me sembleraient, à moi, indispensables afin de pouvoir bien me dotter.
M'assurer les biens paraphernaux qui m'offriraient le choix libre du mari (chère liberté, quand tu nous tiens...), et le précieux présent de l'accession au vrai savoir (comme jadis à une courtisane venitienne).
Un quart du siècle, j'ai bataillé.
Curieuse, avide de connaissance et d'expériences qui la nourrissent et qui lui permettent d'éclore -car la connaissance, avouons-le, nous l'avons, tous, au fond de nous-même et suivant la mayeutique de Socrates nous ne pouvons que l'autoriser à sortir des profondeurs et des méandres de notre âme lorsque nous l'aurions choisi- j'avais une petite idée des biens paraphernaux dont serait garni mon trousseaux.
Et revenir.
Car, étant scoute, je savais que nous revenons toujours -tel le cercle dont la parfaite rondeur est accentuée par le petit point du milieu, symbole gravé sur la tombe des Lords fondateurs du mouvement : je reviens.
Et trouver enfin l'être réellement cher et dont la prison j'ai fui tant d'années auparavant....celui qui ne m'aurait pas achetée, auquel je n'aurais pas acquiescé, celui qui m'aurait domptée et que j'aurais apprivoisé. Librement. Avec un consentement pleinement donné et empli de cette conscience des choses esentielles de l'existence: l'abandon et la confiance.
Comment emploie-t-on les biens paraphernaux?
De quelle manière les offre-t-on?
Quel contrat peut encore les garantir?
Seraient-ils, aujourd'hui, restitués après ruprure de l'engagament?
...et quelle serait leur valeur une fois partagés, consommés; une fois leur destination acquise: se dotter d'un mari qui protège et nourrit, satisfait et trahit?
Et si tant est que la dotte assure la postion sociale autorisant l'union qui est à la hauteur de l'offre, quid une fois dilapidée, évaporée, dissipée, consommée à dégoût?
Qu'est-ce qui reste lorsque nous avons tout dit, tout fait, tout partagé à ne plus trouver les mots, les gestes dans l'échange, la fascination des sensations communes qui naissent de ce goût unique du plaisir intensemment expérimenté?
Que les biens paraphernaux soient des trésors, des bagages de la matière ou de l'esprit, qu'est-ce qu'il reste aujourd'hui une fois leur rôle empli?

....n'est-il pas plus sur de traverser nue l'existence?

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